LE POISON QUI ARRIVA DU CIEL

Entre 1921 et 1927, l’armée espagnole utilisa systématiquement dans le Rif du phosgène, du diphosgène, de la chloropicrine et, surtout, de l’ypérite, un produit plus connu sous le nom de gaz moutarde. La première preuve sur les ventes de Berlin au gouvernement espagnol d’armes chimiques et sur l’aide allemande à la construction de l’usine " La Marañosa " (Tolède) fut apportée en 1990 par deux chercheurs allemands, Rudibert Kunz et Rolf-Dieter Müller, dans leur livre Giftgas gegen Abd el Krim. Deutschland, Spanien und der Gaskrieg in Spanisch-Marokko 1922-1927 (Du gaz mortel contre Abdelkrim. Allemagne, Espagne et la guerre chimique au Maroc espagnol).
Il y a eu aussi une demi-douzaine d’historiens, espagnols et étrangers, qui ont traité le sujet superficiellement, mais le Britannique Sebastian Balfour, professeur à la London School of Economics, publiera le mois prochain le premier livre, Abrazo Mortal (Étreinte mortelle, éditions Península), qui retrace l’escalade chimique de la guerre coloniale.

Son œuvre, fruit de quatre années de recherches, apporte plusieurs nouveautés sur ce qui fut la troisième utilisation dans l’histoire – après la Première guerre mondiale en Europe, et par le Royaume Uni, en Irak, en 1919 – d’un armement interdit par les traités internationaux.....
" J’ai toujours été réfractaire à l’utilisation de gaz asphyxiants contre les indigènes, mais après ce qu’ils ont fait et par leur conduite traîtresse et fallacieuse (à la bataille d’Anoual), je vais les employer avec une vraie délectation ", écrivait dans un télégramme le général Dámaso Berenguer, haut commissaire espagnol à Tétouan, le 12 août 1921.
Extrait.

Ignacio Cemberro, El Pais, 9 février 2002
Traduit de l’espagnol par Monica Gongora Font

Voir aussi l'excellente  Communication du professeur Mimoun Charqi : la guerre chimique dans le Rif



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