Maroc-Espagne
Le passé, le présent...quelles perspectives?

A l'arrière-plan de la crise de l'îlot de Leila en juillet 2002, il y a tout ce lourd passé non digéré des deux rives de la Méditerranée, qui fait surface et qui contamine d'une manière ou d'une autre, en fonction de la conjoncture économique ou politique, toutes les relations hespano-marocaines.

Le non-renouvellement par le Maroc de l'accord de pêche avec l'UE a été mal perçu par l'Espagne qui a réagit en multipliant les provocations. Ainsi, une semaine avant le déclenchement de la crise de Leila, cinq navires de la marine espagnole faisaient des manœuvres au large des côtes d'Al Hoceima en violation flagrante des eaux territoriales marocaines. Rabat avait convoqué l'ambassadeur espagnol pour lui demander des explications sur cette violation flagrante de la souveraineté marocaine.

Avec l'affaire de Leila et le gouvernement d'Aznar, les actes de violation des espaces aérien et maritime marocains se sont  multipliés. En septembre 2002,  un avion de la marine espagnole, de type Cessna portant le nom "ARMADA", a violé l'espace aérien marocain en survolant, à plusieurs reprises, la région continentale de Oued El Mersa, à l'intérieur de la côte nord du pays.  En février 2004, c'est au tour de deux avions de combat C-101 appartenant à l'armée de l'air espagnole de violer l'espace aérien marocain en survolant à très basse altitude la ville de Nador proche de la colonie de Mlilya et en semant la peur au sein des populations locales. Les autorités marocaines dénoncent, à nouveau et avec force, ce nouvel acte de violation de l'espace aérien national.
A ces violations régulières de l'espace aérien viennent s'ajouter les violations répétitives de l'espace maritime soit par les navires de guerre ou par les pêcheurs espagnols aussi bien du côté de la Méditerranée ou de l'Atlantique.
 
Ces violations délibérées de la souveraineté marocaine par l'Espagne en dépit  d'un "traité d'amitié et de bon voisinage" signé en 1991, reflètent bien l'ampleur des contentieux sur des dossiers historiques entre les deux pays :
  1. Les deux villes:Sebta et Mlilya
  2. Les 9 îles au large des plages marocaines du Rif
  3. La délimitation unilatérale par l'Espagne d'espaces maritimes autour de l'archipel des Canaries    
  4. Les prospections pétrolières offshore dans la région comprise entre les Iles Canaries et le littoral marocain au large de Tarfaya.
  5. La contrebande intense en provenance de Sebta et de Mlilya qui coûte plus de 1,5 milliards d'Euros par an au Maroc.
  6. Le conflit du Sahara et le soutien de l'Espagne au mouvement indépendantiste le Polisario.
  7. L'immigration clandestine et le trafic de drogue
  8. Les accords de pêche

Il s'agit donc de huits dossiers suspendus et qui demeurent des sujets tabous, empoisonnant toutes les relations hispano-marocaines en fonction de la conjoncture. Il suffit d'une discorde dans un dossier pour contaminer l'ensemble des relations bilatérales et par effet de dominos, tous les contentieux autours des autres dossiers refont surface.

Pourtant sur le plan commercial, l'Espagne est devenue le deuxième partenaire du Maroc juste après la France. Les groupes industriels et commerciaux espagnols sont très présents dans de nombreux secteurs et la communauté marocaine en Espagne compte plus de 500 000 personnes.

En outre, depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste de Zapatero, on assiste à des efforts et progrès diplomatiques pour améliorer les relations bilatérales. Les accords de coopérations se multiplient antre les deux pays dans tous les domaines. Le Maroc a accepté de renouveler l'accord de pêche avec l'Union européenne qui bénéficie principalement à l'Espagne.

Toutefois, l'échange de déclarations de bonnes intentions ne suffit pas à évacuer les problèmes dormants. Est-il raisonnable de parler de relations d'amitié et de bon voisinage entre un Etat colonisateur et un Etat colonisé?

Comme dit l'adage, " on ne choisit pas son voisin " et quand il s'agit d'Etat, on ne peut même pas songer à déménager. Dès lors, l'Espagne et le Maroc sont condamnés à s'entendre à condition que cette entente ne se fasse pas au détriment des intérêts historiques et inaliénables du peuple marocain.

Pour que l'Espagne et le Maroc deviennent de véritables partenaires, Il est indispensable pour les gouvernements des deux pays d'entamer une refonte sérieuse de leurs relations et procéder avec courage à une analyse profonde de l'héritage colonial, dossier par dossier. C'est l'unique moyen pour développer une véritable amitié entre les deux peuples et de construire de véritables relations de bon voisinage durables et viables.

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