Sebta/Ceuta et Mlilya/Melilla : derniers bastions du franquisme

L'imaginaire de toute une génération de la population et leaders politiques espagnols est alimenté par des  préjugés et des clichés profondément ancrés dans les mentalités issues des anciennes images des Moros (Maures). Le Marocain du Maroc contemporain est encore  perçu comme étant le Maure musulman adversaire ancestral de l'espagnol chrétien.

















La Reconquista, la colonisation du Maroc, le protectorat de 1912-1956, la bataille d'Anoual de 1921, l'influence de l'idéologie coloniale et le rôle important des Maures dans la victoire de Franco, sont autant d'éléments qui continuent à alimenter l'imaginaire collectif espagnol des préjugés. En outre, le Maroc contemporain avec son retard économique et politique, ses candidats à l'immigration qui s'échouent sur les plages espagnoles, et la présence de l'armée espagnole sur le sol marocain viennent  renforcer l'image stéréotypée de l'Espagnol chrétien supérieur au Maure musulman. C'est surtout à Sebta, Mlilya  et dans une partie de l'Andalousie (vagues de violences anti-marocaines d'El Jido en février 2000) que ces préjugés sont les plus répandus.

La plus humiliante des traversées
Les Marocains résidents à l'étranger qui traversent chaque été le territoire espagnol connaissent bien cette mentalité et nombreux parmi eux en ont fait les frais.
En effet, chaque été, les résidents marocains qui rentrent chez eux se trouvent parqués comme du bétail au port d'Algeciras, lieu de transite pour plus de deux millions de passagers par an vers Tanger et plus d'un million par an vers Sebta.

















Dans une chaleur torride, des milliers de familles se retrouvent bloquées dans leur véhicule, par choc contre par choc, dans des files d'attente interminables le long du gigantesque et inhospitalier quai du plus important port espagnol d'Algeciras. Ceux qui n'arrivent pas à avoir un ferry sont contraints de passer la nuit dans leur véhicule et dans les périodes de pointe, l'attente pourrait durer plusieurs jours. Les pleurs et les cris d'enfants, les interventions fréquentes des éléments de la Croix et du Croissant rouges pour apporter secours aux personnes âgées et aux bébés déshydratés, la présence des éléments armés de la police et de l'armée espagnole avec leur ton autoritaire immuable, paternel voir méprisant…etc. La scène ressemble davantage à un exode de réfugiés qu'à des vacanciers.
Pour terminer le tableau, les évangélistes qui ne ratent jamais le rendez-vous annuel, viennent au secours de ces centaines de milliers d'infidèles Maures musulmans: Chaque voyageur a droit à son colis de sauvetage contenant une bible, une cassette vidéo de Jésus le sauveur et une série de brochures évangéliques. 
















On assiste à la même scène au port de Sebta lors du retour des marocains vers leurs pays de résidence.  Ce port qui accueille plus d'un million de passagers par an, est saturé en été, le surbooking est courant et les réservations n'ont aucun effet. Il doit son succès à la courte durée de la traversée (35 minutes) au lieu de trois heures à partir du port de Tanger.
Avant d'arriver au port de Sebta, il faut d'abord subir la file à la frontière où il faut s'armer de patience face à la lenteur et à l'anarchie immuable de la douane marocaine et affronter avec la même patience le comportement méprisant des douaniers et policiers Espagnols.

Après avoir traversé ces deux postes, et une fois engagés dans le port de Sebta, il est impossible de faire marche arrière, un premier poste de contrôle, un second, un troisième, une organisation militaire pour des vacanciers. Suivez les ordres, des labyrinthes de couloirs séparés par des barricades et d'immenses files d'attente se forment à perte de vue.
Avant d'embarquer, tous les passagers et leur véhicule sont soumis à un examen minutieux :
Un douanier fouille le véhicule, un autre passe avec son chien renifleur et un autre avec son miroir à manche pour voir les dessous du véhicule, la police contrôle les documents d'identité et après un regard ironique arrive l'ordre militaire: venga!  c'est la manière la plus polie de vous inviter à embarquer.

















Au débarquement au port d'Algeciras, les voyageurs auront droit d'assister et subir le même traitement sauf qu'ici, en plus de l'attente, de la douane, du berger allemand, de la garde civile… le véhicule a droit à une cure de désinfection. Il faut rouler dans une flaque d'eau noire supposée désinfecter les véhicules en provenance d'Afrique….et venga!













Que ce soit au port d'Algeciras ou à celui de Sebta, à l'allée comme au retour, les scènes de violence et les comportements racistes de la police espagnole, pour un oui ou pour un non,  à l'égard des marocains sont très fréquentes. Soulignons l'analphabétisme nationaliste des policiers et douaniers espagnols: ils prétendent ne pas comprendre ni le Français ni l'Anglais…
Actuellement, la majorité des RME essaient d'éviter les ports de Sebta et de Mlilya, ils préfèrent les ports marocains de Tanger, Nador et d'Al Hoceima. De nombreux RME préfèrent éviter l'Espagne en empruntant la liaison de Sète en France vers Tanger.
Avec l'ouverture du nouveau port Tanger-Med prévue en 2007, il est plus que probable que la majorité des RME déserteront le port de Sebta comme c'est déjà le cas avec le port de Mlilya qui est de moins en moins fréquenté depuis la multiplication des traversées à partir du port de Nador.














Si les RME subissent toute une série de tracasseries et d'humiliations surtout de la part de la police espagnole pendant leur traversée annuelle, les marocains de Sebta et de Mlilya en subissent quotidiennement.
Moros pour toujours...

Les espagnols emploient le terme " Moros "  pour désigner à la fois les Marocains du 21e siècle que les berbères et les arabes qui ont occupé Espagne dès le 8 e siècle à partir de la Mauritanie et du Maroc contemporains. Il couvre un passé lourd et chargé de crises, de tensions, de haine et de rancune, depuis la fin de la présence musulmane en Andalousie jusqu'aux derniers attentats de Madrid en passant par la bataille d'Anoual et la participation des marocains dans la guerre civile espagnole en 1936. 



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