Quand l'Espagne s'inspire d'Israël

La décision des autorités locales espagnoles dans la ville spoliée de Melilla d'imposer des cartes magnétiques comme unique pièce d'identité valable pour l'accès à la ville, continue de fomenter la polémique.

Le passage "frontalier" entre Melilla et Nador connaît une grande affluence qui frôle les trente mille personnes par jour dont la plupart sont des habitants de la ville de Nador. Ce transit quotidien se faisait jusqu'à maintenant via la présentation du passeport ou de la carte d'identité marocaine. Mais, les autorités coloniales ont dernièrement opté pour un nouveau système qu'ils comptent mettre en place dès le premier juin prochain. Ce nouveau système consiste en l'octroi par ces autorités d'une carte magnétique à chaque citoyen marocain résidant à Nador ou dans les régions avoisinantes et qui se rend de manière régulière à Melilla.

Ainsi, presque trente mille Marocains devront présenter ladite carte chaque matin dans le passage "frontalier" aux autorités espagnoles. Relié à un système informatique, le poste de passage enregistrera chaque entrée et permettra donc en fin de journée de détecter ceux qui auront manqué à l'appel. Ceci-dit, il faut noter que pour avoir cette carte, le citoyen marocain devra déposer ses empreintes digitales et sa documentation auprès des Gardes civils espagnols.

Or, il n'y a point d'humiliation plus grande que d'obliger des Marocains à se faire une pièce d'identité espagnole tout en dévalorisant la sienne. Car, il faut rappeler que les autorités espagnoles ont informé qu'elles n'accepteront plus, à partir du premier juin, les pièces d'identité marocaines. Il est aussi important de noter que l'unique système au monde qui soit similaire à celui que comptent utiliser les Espagnols à Melilla est celui qui est d'usage dans les territoires palestiniens occupés. Les mêmes cartes magnétiques et le même système informatique sont utilisés par l'armée israélienne pour permettre l'accès des Palestiniens aux zones d'occupation.

Les autorités marocaines qui gardent un silence officiel à propos de cette polémique auraient, selon le gouvernement autonome espagnol, accepté cette nouvelle procédure. La seule voix qui a pris l'initiative de dénoncer cette nouvelle démarche est celle du Parti Marocain Libéral (PML) qui a déclenché une grande offensive médiatique et politique afin de sensibiliser tant les autorités marocaines locales à Nador que les citoyens de cette région.

Ce parti politique récemment créé et présidé par maître Mohamed Ziane a appelé les habitants de la région de Nador à boycotter ces cartes et à manifester leur refus à ce nouveau procédé en s'abstenant d'accéder à Melilla le premier juin, date d'entrée en vigueur du système de cartes, ainsi que les 18 et 27 du même mois.

Le vice-président du parti, Abdelmonaim El Chouki, a exigé, lors d'une conférence de presse à Nador, au délégué du gouvernement espagnol dans la ville occupée, Arturo Esteban Albert, de ne tenir en compte que les documents officiels délivrés par les autorités marocaines.

Dans un entretien téléphonique avec notre rédaction, maître Ziane a mis en relief la mauvaise foi avec laquelle les autorités locales espagnoles avaient pris cette décision.

L'objectif, affirme-t-il, est de déposséder les Marocains de leur identité. Car, en refusant de reconnaître les pièces d'identité marocaines, les Espagnols veulent laisser entendre au citoyen marocain que son identité n'a pas de valeur.

A propos de l'aspect juridique de cette démarche, le leader du PML a confirmé son illégitimité tant du point de vue du droit national qu'international. "Un Etat ne peut délivrer des pièces d'identité aux ressortissants d'un autre pays que lorsqu'il s'agit de cartes de résidence, or, dans le cas de Melilla, il s'agit de pièces d'identification délivrés à des citoyens d'un autre pays sur leur territoire et sans droit de résidence" a-t-il déclaré.

Réagissant à cette campagne de sensibilisation du PML, le président de l'autonomie de Melilla, avec son arrogance habituelle, a déclaré à la presse espagnole que le boycott de l'entrée à Melilla ne le dérange pas, car, dit-il, ce sont les Marocains qui ont beaucoup à perdre dans ce cas.



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