Maroc et Espagne
une mémoire commune à découvrir


Plusieurs membres du Forum "Pour la Mémoire commune maroco-espagnole" prendront part au colloque "la Mémoire et les droits humains", qui se tiendra, les 23 et 24 novembre à Genève au palais des Nations unies. Avant, un débat les a réunis à Rabat.

Le comité préparatoire du Forum pour la Mémoire commune maroco-espagnole a fait sa première sortie publique. Un dîner-débat à Rabat auquel ont été conviés plusieurs cadres académiques, politiques et du domaine des droits humains. L'idée du Forum même a été bien accueillie par les hôtes, étant donné son implication dans la dynamique des forces démocratiques des deux rives du bassin méditerranéen visant la création d'un climat propice aux deux pays d'aller ensemble vers un avenir serein. A l'unanimité, les présents, représentant un ensemble de sensibilités politiques et civiles démocratiques marocaines, ont souligné l'importance de collecter les archives portant sur les évènements historiques qui concernent aussi bien les Marocains que les Espagnols, notamment ceux qui se sont déroulés au 20ème siècle. L'objectif étant de pouvoir discerner de manière scientifique entre les rumeurs et propagande d'une part et données scientifiques, claires et fondées de l'autre.

La crédibilité, a-t-on ajouté lors du même débat, reste incontournable pour propulser le débat vers des horizons réfléchis et constructifs.

Si Youssef El Bhiri, membre du bureau exécutif de l'Organisation marocaine des droits de l'Homme (OMDH) et expert en droit international humanitaire, a mis l'accent sur la nécessité de tracer le cadre juridique permettant d'incriminer les crimes perpétrés par l'Espagne au Nord du Maroc, il n'a pas mâché ses mots quant à la responsabilité espagnole, en affirmant que ces crimes ne peuvent faire l'objet d'une prescription. Du cadre juridique, Mimoun Acharqui, chercheur en Histoire contemporaine des relations maroco-espagnoles, a insisté sur la nécessité de passer aux méthodologies scientifiques, faisant remarquer que l'un des objectifs de la plate-forme, à savoir pousser l'Espagne à reconnaître ses responsabilités, nécessite un travail de longue haleine.

Dans la même optique, Mohamed Sebbar, président du Forum Vérité et Justice, a précisé que la reconnaissance par l'Espagne des atrocités commises au Maroc est un élément primordial pour contribuer à une conciliation historique. L'issue consiste, selon lui, en la recherche de concert d'une réparation individuelle et collective.


Ce n'est pas le seul champ à investir, explique le sociologue Mohamed Ayyad, qui a pour sa part appelé à étendre le cadre de ce Forum à davantage de préoccupations (immigration, droits de l'Homme, Sebta et Mellilia). Entre le Maroc et l'Espagne, il y a d'autres problèmes qu'il faut aborder dans des débats communs, surtout que le Forum comprend des membres des deux pays.

De son côté Ilyas Omari, président de l'Association du Rif pour le développement et la solidarité, a souligné qu'il n'existe pas de comparaison entre la présence musulmane en Espagne et celle de l'armée espagnole au Nord du Maroc. Alors que, soutient-il, la première a laissé un legs historique et patrimonial permettant à Madrid de drainer plus de 32 % de ses revenus pécuniaires touristiques, la présence des soldats espagnols a été catastrophique, "dans la mesure où les crimes commis ont été abominables".

Si les questions des droits humains flottent à la surface par la force des choses, "vu l'atrocité des crimes commis", l'essentiel, selon Abdessalem Boutayeb, reste d'adapter les mécanismes de la justice transitionnelle pour accompagner le processus du règlement des dossiers des droits humains en suspens.
Libération (Casablanca)
Nouri Zyad
16 Novembre 2006





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